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Il n’y a pas d’amateur d’art qui n’ait au moins une fois feuilleté la magnifique revue FMR, « la plus belle revue du monde » selon Jacqueline Kennedy, mais aussi  la « perle noire de l’édition italienne » (Federico Fellini)…



 

C’est une belle histoire, écrite par l’éditeur et bibliophile Franco-Maria Ricci, qui lui a légué ses initiales et ce jeu de mot « éphémère » en français. L’éditeur de Guido Crepax ou Umberto Eco, celui à qui Jorge Luis Borges fit l’honneur de diriger une collection de littérature, la « Bibliothèque de Babel », nous a ouvert tous les deux mois depuis 1982  les lieux d’art et d’histoire les plus magnifiques et secrets…  A chaque livraison, un écrivain d’envergure proposait une de ses œuvres. La qualité de l’objet, iconographies, papier…, en ont fait un objet de collection.

Hélas, alors qu’elle paraissait en Français depuis 1986, elle a fermé boutique en 2008. En effet, les éditions créées par Franco Maria Ricci en 1964, avaient été vendues en 2003 à Marinela Ferrari présidente du groupe italien officiant dans l’art contemporain, Art’e’, laquelle a décidé de dissoudre la filiale française.

Dans le sillage assumé avec FMR, une nouvelle revue, Le Monde de l’Art, vient de paraître en France à partir de l’automne 2010. Elle a d’ailleurs présenté en bonne place une longue interview avec Franco-Maria Ricci, prétexte à la découverte des œuvres de cet incroyable collectionneur. L’éditeur Patrick Mauriès y signe d’ailleurs un hommage sincère à la revue : « sous son vernis d’esthétisme un peu trop brillant (« la plus belle revue du monde »), sous ses dehors vaguement dandys, FMR menait une action profondément militante, éclairant, exhumant, réhabilitant ce que le temps, la paresse ou l’incurie avaient contribué à offusquer ; trop conscient aussi des limites artificielles qu’imposent les cultures nationales, et de la dérive des œuvres et des valeurs dans l’histoire ».

 

Franco Maria Ricci et Guillaume de Sardes

 

Le directeur de la rédaction, l’écrivain Guillaume de Sardes, nous propose une revue bimestrielle luxueuse, avec l’objectif d’ouvrir à l’amateur d’art les plus belles collections privées. Après le palais Sursock à Beyrouth, c’est donc celle de Franco Maria Ricci qui a été à l’honneur dans le numéro 2. Comme pour FMR, le monde des Lettres est invité à s’exprimer dans la revue, et l’on retrouve des plumes que l’on aime lire, comme  Dominique Fernandez, Renaud Camus, Jean-Paul Enthoven, Eric Chevillard, Elisabeth Barillé. Les sujets apportent une variété des points de vue et de centres d’intérêt, sorte de promenade dans les belles choses d’hier ou d’aujourd’hui, puisque l’on passe d’une visite du château de Montegeoffroy à la découverte des photos de Kourtney Roy, en passant par un essai sur la vie au XVIIIe siècle par l’historien Philippe Salvadori ou une analyse d’Avigdor Arikha par Jean Clair… Le numéro 2, paru en février, nous invite de même à un cheminement, qui s’arrête sur de superbes photos des ruines de Tomaso Buzzi ou de Sam Guelimi, et sillonne entre l’atelier d’Ernest Pignon-Ernest et un essai sur le plagiat par Jean-Pierre Cuzin…

A qui s’adresse donc la revue ? Certes aux happy fews, capables de goûter en collectionneurs et esthètes ces échappées sur ces mondes de l’art. Mais aussi à ceux qui se sentent frustrés qu’il n’existe pas de revue capable de donner un regard synthétique sur l’état de la vie culturelle la plus raffinée. Et enfin, à tous les collectionneurs, obsessionnels ou fanatiques des objets d’art comme plus éclectiques, ceux qui ont plaisir à découvrir des objets ou des œuvres rares et souvent secrets : c’est à cette dernière catégorie que j’appartiens…