misham-1901Il est rare qu’une si authentique vocation d’écrivain fasse suite à un si brillant parcours d’homme d’entreprise. Diplômé de l’Institut politique de Paris et énarque, Bernard du Boucheron n’a jamais été fonctionnaire, ayant fait toute sa carrière dans l’industrie, d’abord dans l’aéronautique pendant vingt ans (directeur commercial de l’Aérospatiale), puis pendant quinze ans chez Alcatel (président de la filiale internationale). Il a été à la direction d’un groupe énergétique, chargé des achats et ventes de produits pétroliers et de charbon. Enfin, il a été délégué général de l’entreprise qui devait créer un train à grande vitesse entre les trois principales villes du Texas (Texas High Speed Rail Corporation) de 1991 à 1994. D’origine limousine, son père s’est lancé dans le commerce de porcelaine et de céramique. C’était au retour de la guerre de 1914, dans laquelle il s’était engagé à 17 ans, dans l’artillerie de campagne. « Il en parlait volontiers, mais elle ne suscitait pas de sentiment de révolte chez lui. Il faut dire que son arme n’eut pas à subir de décisions absurdes et assassines, comme dans la cavalerie. En revanche, il ne comprenait pas comment deux civilisations aussi avancées que la France et l’Allemagne avaient pu en arriver là. » Deux oncles, en revanche, ont laissé leur vie sur le champ de bataille. « L’un fut tué dès août 1914, l’autre au Maroc, en 1909. Il était lieutenant spahi. C’était un héros pour mon père, il l’est devenu pour moi aussi. Son sabre est accroché au-dessus de la porte de mon bureau, comme une épée de Damoclès. » 
Bernard du Boucheron entre à l’école à l’âge de 8 ans. « Ma mère était de ces femmes qui faisaient les premières années d’instruction de leurs enfants sur leurs genoux. » Comment devient-on écrivain après un parcours à la tête de grandes entreprises ? « J’ai été éveillé à la littérature par mon père, à l’âge de 13 ans. Il m’a donné un exemplaire de Cyrano de Bergerac, que j’ai conservé. Ce fut le choc révélateur. J’ai voulu devenir poète et pendant des années, il n’y avait plus que cela qui comptait. J’ai écrit aussi deux ou trois pièces de théâtre. L’une s’appelait Prométhée libéré, elle était totalement stupide ! Je l’ai conservée comme témoignage de la crétinerie adolescente. » 
Depuis, il écrit régulièrement des poèmes. Il ne les fait pas tous lire à sa femme, contrairement à ce texte en prose qu’il s’amusa à rédiger, bien des années après l’âge de la retraite. « J’écris à la main, et je voulais voir ce que ce texte pouvait donner une fois imprimé. Après l’avoir lu, ma femme m’incita à l’envoyer à des éditeurs. ” Bernard du Boucheron envoie alors par voie postale son premier roman à Gallimard, à l’âge de 76 ans. ‘Court serpent’ recevra le prix de l’Académie Française en 2004. Son deuxième roman, Coup de Fouet, qui n’est pas sans se nourir de ses traditions familiales réjouira les amateurs de vénerie :peu avant la guerre de 1914, un jeune lieutenant de cavalerie, Hugo de Waligny, participe régulièrement à des chasses à courre, où il brille par son courage physique et sa maîtrise de l’équitation. Il y rencontre Aella, jeune fille réputée pour son tempérament indomptable, ainsi que pour sa passion de l’argent et des hommes. Une rivalité sans merci va l’opposer au piqueux Jérôme Hardouin, dit Coup-de-Fouet, comme lui veneur et cavalier hors pair. L’affrontement des deux hommes trouvera un prolongement inattendu et terrible avec l’arrivée de la guerre. Coup-de-Fouet décrit une société régie par des rapports où la violence se mêle à la sensualité. Tranchante comme une dague, l’écriture de Bernard du Boucheron va droit au but, à l’instar de ses personnages. En toile de fond, l’univers de la chasse à courre offre une métaphore puissante de la vie, avec son mystère, sa brutalité, sa noblesse, sa poésie sauvage.

Bernard du Boucheron a également publié, en 2007,Chien des Os, et vient de sortir, toujours chez Gallimard, un dur et beau roman, Vue mer.

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