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misham-1901Il est rare qu’une si authentique vocation d’écrivain fasse suite à un si brillant parcours d’homme d’entreprise. Diplômé de l’Institut politique de Paris et énarque, Bernard du Boucheron n’a jamais été fonctionnaire, ayant fait toute sa carrière dans l’industrie, d’abord dans l’aéronautique pendant vingt ans (directeur commercial de l’Aérospatiale), puis pendant quinze ans chez Alcatel (président de la filiale internationale). Il a été à la direction d’un groupe énergétique, chargé des achats et ventes de produits pétroliers et de charbon. Enfin, il a été délégué général de l’entreprise qui devait créer un train à grande vitesse entre les trois principales villes du Texas (Texas High Speed Rail Corporation) de 1991 à 1994. D’origine limousine, son père s’est lancé dans le commerce de porcelaine et de céramique. C’était au retour de la guerre de 1914, dans laquelle il s’était engagé à 17 ans, dans l’artillerie de campagne. « Il en parlait volontiers, mais elle ne suscitait pas de sentiment de révolte chez lui. Il faut dire que son arme n’eut pas à subir de décisions absurdes et assassines, comme dans la cavalerie. En revanche, il ne comprenait pas comment deux civilisations aussi avancées que la France et l’Allemagne avaient pu en arriver là. » Deux oncles, en revanche, ont laissé leur vie sur le champ de bataille. « L’un fut tué dès août 1914, l’autre au Maroc, en 1909. Il était lieutenant spahi. C’était un héros pour mon père, il l’est devenu pour moi aussi. Son sabre est accroché au-dessus de la porte de mon bureau, comme une épée de Damoclès. » 
Bernard du Boucheron entre à l’école à l’âge de 8 ans. « Ma mère était de ces femmes qui faisaient les premières années d’instruction de leurs enfants sur leurs genoux. » Comment devient-on écrivain après un parcours à la tête de grandes entreprises ? « J’ai été éveillé à la littérature par mon père, à l’âge de 13 ans. Il m’a donné un exemplaire de Cyrano de Bergerac, que j’ai conservé. Ce fut le choc révélateur. J’ai voulu devenir poète et pendant des années, il n’y avait plus que cela qui comptait. J’ai écrit aussi deux ou trois pièces de théâtre. L’une s’appelait Prométhée libéré, elle était totalement stupide ! Je l’ai conservée comme témoignage de la crétinerie adolescente. » 
Depuis, il écrit régulièrement des poèmes. Il ne les fait pas tous lire à sa femme, contrairement à ce texte en prose qu’il s’amusa à rédiger, bien des années après l’âge de la retraite. « J’écris à la main, et je voulais voir ce que ce texte pouvait donner une fois imprimé. Après l’avoir lu, ma femme m’incita à l’envoyer à des éditeurs. ” Bernard du Boucheron envoie alors par voie postale son premier roman à Gallimard, à l’âge de 76 ans. ‘Court serpent’ recevra le prix de l’Académie Française en 2004. Son deuxième roman, Coup de Fouet, qui n’est pas sans se nourir de ses traditions familiales réjouira les amateurs de vénerie :peu avant la guerre de 1914, un jeune lieutenant de cavalerie, Hugo de Waligny, participe régulièrement à des chasses à courre, où il brille par son courage physique et sa maîtrise de l’équitation. Il y rencontre Aella, jeune fille réputée pour son tempérament indomptable, ainsi que pour sa passion de l’argent et des hommes. Une rivalité sans merci va l’opposer au piqueux Jérôme Hardouin, dit Coup-de-Fouet, comme lui veneur et cavalier hors pair. L’affrontement des deux hommes trouvera un prolongement inattendu et terrible avec l’arrivée de la guerre. Coup-de-Fouet décrit une société régie par des rapports où la violence se mêle à la sensualité. Tranchante comme une dague, l’écriture de Bernard du Boucheron va droit au but, à l’instar de ses personnages. En toile de fond, l’univers de la chasse à courre offre une métaphore puissante de la vie, avec son mystère, sa brutalité, sa noblesse, sa poésie sauvage.

Bernard du Boucheron a également publié, en 2007,Chien des Os, et vient de sortir, toujours chez Gallimard, un dur et beau roman, Vue mer.

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La maison Perrier-Jouët a décidé de déboucher, à l’occasion du récent lancement de sa cuvée Belle Époque 2002, une vingtaine de millésimes d’anthologie : 1825, 1846, 1858, 1874, 1892, 1906, 1911, 1928, 1952, 1955, 1959, 1964, 1971, 1975, 1976, 1982, 1985, 1995, 1996, 2002. De mémoire d’expert, jamais une telle palette n’avait été présentée. Fantastique plongée dans le temps, pleine d’enseignements.

Certes, de-ci, de-là, quelques vieux et grands flacons de champagne ont déjà pu être dégustés comme Perrier-Jouët 1892 et 1911, Pol Roger 1911, 1914 et 1921, Bollinger 1924 et 1928 ou encore Heidsieck Monopole 1907, un tout petit millésime, retrouvé quatre-vingts ans plus tard dans un bateau coulé dans la Baltique par un sous-marin allemand en 1916 : ils étaient tous en grande forme. Mais jamais une telle dégustation d’ensemble n’avait été possible. On comprend pourquoi tous ces experts, par ailleurs fort occupés, avaient pris le temps de se déplacer à Reims. «Je n’allais tout de même pas rater un événement pareil», glissait Ch’ng Poh Tiong, qui venait de Singapour.

 

Première question, étaient-ils buvables ? Mieux : aux dires des experts, certains tenaient même du miracle. Le 1911 était d’une perfection absolue, le rare 1874 superbe et le 1825 d’une grande tenue. Pour Richard Juhlin, auteur suédois fécond sur le champagne, «le 1874 démontre que l’époque était capable de ­produire des vins absolument magiques». Un seul accident était à déplorer : le 1892 était bouchonné (mais une autre bouteille dégustée il y a quelques années était grandiose). Il faut dire que tous les bouchons, y compris celui de 1825, étaient d’origine, ce qui laisse songeur sur la qualité du liège et du bouchage de l’époque. Seules les ficelles qui tenaient les bouchons au XIXe siècle avaient été remplacées par des agrafes.

Deuxième question, comment est-ce possible ? Certains vins rouges comme les grands bordeaux ou les grands bourgognes sont connus pour être capables de résister aux épreuves du temps. La maison Bouchard Père et Fils à Beaune en fait régulièrement la démonstration en servant à quelques happy few de vénérables et superbes flacons du XIXe siècle. Une splendide dégustation à Yquem avec, entre autres, des 1921, 1928 et 1929 d’anthologie, avait aussi démontré que les grands liquoreux avaient cette capacité. Mais pour le grand public, le champagne «ne se garde pas».

Or les champagnes, non seulement se gardent, mais ils peuvent devenir absolument magiques au vieillissement. Si la recherche scientifique est très loin d’en avoir percé le secret malgré des études très poussées sur les acides aminés et la réaction de Strecker, la qualité des terroirs champenois associée au gaz carbonique des bulles, un antioxydant par définition, forment sûrement un début d’explication.

Autre enseignement de cette verticale, c’est ainsi que l’on nomme la plongée dans le temps d’un même vin, le champagne a toujours su s’adapter à son public. En 1847, Charles Perrier, le fils du fondateur, écrivait sur son livre de cave : «Maintenant, les Anglais n’aiment plus le champagne très sucré.» Avec le millésime 1846, Perrier-Jouët invente le style moderne du champagne tel qu’il triomphe aujourd’hui avec pureté et élégance, un style que la marque a ensuite préservé jusqu’à nos jours.

Pour revenir au fameux 1825, le plus vieux champagne du monde inscrit au livre Guinness des records, sa dégustation montre qu’il possède une puissance phénoménale que ne renierait pas un vin jaune de Château Chalon. Pour la petite histoire, il a été élaboré essentiellement avec du fromenteau, appelé pinot gris sous les cieux alsaciens et pinot beurrot autrefois en Bourgogne. Rappelons qu’à cette époque, le célèbre chardonnay n’existait pas encore. Ces fameux pinots gris venaient de la montagne de Reims et plus spécialement de Sillery qui avait une haute réputation. Aujourd’hui, Sillery, qui a perdu de sa superbe, est planté, à quelques hectares près, de pinot noir. Comprenne qui pourra.

arton166511Depuis plusieurs années, on assiste à l’émergence d’une presse féminine africaine (Amina, Miss Ebene, Brune, Gazelle, Chocolate, Première Dame…) Il faudra compter désormais avec New African Woman. Le supplément de 16 pages du mensuel d’information New African devient un magazine trimestriel indépendant de 100 pages. Disponible en France depuis le mois d’avril, en vente dans les kiosques africains le 1er mai prochain, New African Woman s’apprête à conquérir les femmes africaines.

Bien que parlant également de la mode et de la beauté, d’art et de culture, le magazine aborde des thématiques de réflexion plus engagées comme le social, la politique, le droit, la justice, l’environnement, etc. Qu’on se rassure, les pages « Art de vivre » justifient à elles seules la lecture !

Beau pari, en tous cas, que de lancer ce magazine d’information féminin haut de gamme dans un contexte de crise et de réduction des budgets publicitaires…

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Non, La Foire de Paris ce n’est pas que le saucisson ! Cette année et plus que jamais, La Foire de Paris se veut être le grand rendez-vous du printemps pour partir à la découverte des nouveautés dans les domaines de la maison et de l’environnement, du bien-être et des loisirs, et découvrir les nouvelles tendances design qui vont entrer dans notre quotidien.

On pourra par exemple flâner dans les « Cuisines en ébullition » : ce parcours inédit permettra de découvrir 19 projets conçus par les étudiants des plus prestigieuses écoles françaises de design et les industriels du mobilier de cuisine et de l’électroménager. Parmi les thématiques abordées, « Matériaux et Techniques » avec entre autre la Cuisine Paysage conçue autour d’un bloc central qui offre un espace à géométrie variable selon l’activité du moment ; ou bien un mobilier intelligent imaginé sur le principe de l’établi, où chaque élément, du robinet à la plaque de cuisson, peut être déplacé, escamoté… La thématique « Cuisine et Habitat » prend forme notamment à travers le Polefood qui regroupe dans un cube compact et mobile réfrigérateur et micro-ondes. Ou encore le Presto, dont les rangements-cabats transforment la corvée des courses en moment de plaisir, en évitant les chargements et déchargements successifs. Quant à la thématique « Environnement et Développement durable », elle est illustrée par plusieurs projets dont Re-Source qui envisage de recycler l’eau utilisée dans la cuisine pour alimenter salle de bain, plantes… On retiendra également le thème « Autonomie à domicile » destiné aux seniors et aux personnes à mobilité réduite. Ainsi, à titre d’exemple, le projet Sense line, une rampe greffée sur le plan de travail comme une interface, permet de piloter toutes les fonctions : gestion de l’eau, préparation et cuisson des aliments, éclairage…

A l’occasion de la sortie du film Coco avant Chanel, avec Audrey Tautou, l’occasion est belle de se replonger dans l’univers d’une styliste qui a propulsé le chic français au niveau de référence mondiale.

Si, comme le rappelle Le Figaro, Gabrielle Chanel a rebrodé à loisir des passages de sa vie, elle était beaucoup plus constante en matière de style. Et même si « régulière » qu’un siècle après ses débuts de modiste, en 1909, nombreux sont les codes et les détails de sa griffe qui n’ont toujours pas pris une ride ni changé. «Mieux qu’une mode, Chanel a légué un style», explique souvent Karl Lagerfeld, qui dessine les collections haute couture et prêt-à-porter de cette maison depuis 1983. «Ce style ne vieillit pas, c’est une petite musique intemporelle, le mariage du luxe et du raffinement, de la sobriété et de la classe.» En voulant habiller son époque, cette couturière s’est également avérée visionnaire. Tout ce qu’elle a imaginé comme vêtements au début du XXe siècle, les femmes se sont empressées de l’adopter à jamais. Toutes les nouvelles familles de produits qu’elle à lancées pour diversifier sa maison de prêt-à-porter, les autres griffes s’en sont inspiré pour faire également florès… En résumé, Coco Chanel a jeté les bases de la mode contemporaine et de son business. Si bien que les couturiers et les créateurs d’aujourd’hui se réapproprient fréquemment ses coupes et ses codes, à en oublier qu’il s’agit de pur Chanel. La preuve en images.

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En 1928, la couturière chipe dans le dressing de son amant du moment, le duc de Westminster, les détails et la matière de ses costumes pour créer son premier tailleur en tweed. Ce tissu british est une draperie jusqu’alors réservée à l’habillement masculin. Elle le féminise en ajoutant des galons, des boutons, des petites chaînes. Ni ample, ni ajustée, la coupe de la veste est particulièrement représentative du style de cette Coco Chanel qui s’est escrimée à libérer le corps de la femme. Des décennies plus tard, son tailleur est un tel must, un symbole du chic indémodable, que des créateurs comme les Dolce &Gabbana se le réapproprient même pour leur ligne D &G de cet été.

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En 1928, la couturière chipe dans le dressing de son amant du moment, le duc de Westminster, les détails et la matière de ses costumes pour créer son premier tailleur en tweed. Ce tissu british est une draperie jusqu’alors réservée à l’habillement masculin. Elle le féminise en ajoutant des galons, des boutons, des petites chaînes. Ni ample, ni ajustée, la coupe de la veste est particulièrement représentative du style de cette Coco Chanel qui s’est escrimée à libérer le corps de la femme. Des décennies plus tard, son tailleur est un tel must, un symbole du chic indémodable, que des créateurs comme les Dolce &Gabbana se le réapproprient même pour leur ligne D &G de cet été.

 

On nous pardonnera de citer un peu au long ce qu’écrivait Roland Barthes au sujet de La nouvelle Citroën dans ses Mythologies :

“Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.
La nouvelle Citroën tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif. Il ne faut pas oublier que l’objet est le meilleur messager de la surnature: il y a facilement dans l’objet, à la fois une perfection et une absence d’origine, une clôture et une brillance, une transformation de la vie en matière (la matière est bien plus magique que la vie), et pour tout dire un silence qui appartient à l’ordre du merveilleux. La «Déesse» a tous les caractères (du moins le public commence-t-il par les lui prêter unanimement) d’un de ces objets descendus d’un autre univers, qui ont alimenté la néomanie du XVIIIe siècle et celle de notre science-fiction: la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus.
C’est pourquoi on s’intéresse moins en elle à la substance qu’à ses joints. On sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que son contraire trahit une opération technique et tout humaine d’ajustement: la tunique du Christ était sans couture, comme les aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. La DS 19 ne prétend pas au pur nappé, quoique sa forme générale soit très enveloppée; pourtant ce sont les emboîtements de ses plans qui intéressent le plus le public: on tâte furieusement la jonction des vitres, on passe la main dans les larges rigoles de caoutchouc qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel. Il y a dans la DS l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de l’ajustement, comme si l’on passait d’un monde d’éléments soudés à un monde d’éléments juxtaposés et qui tiennent par la seule vertu de leur forme merveilleuse, ce qui, bien entendu, est chargé d’introduire à l’idée d’une nature plus facile.
Quant à la matière elle-même, il est sûr qu’elle soutient un goût de la légèreté, au sens magique. Il y a retour à un certain aérodynamisme, nouveau pourtant dans la mesure où il est moins massif, moins tranchant, plus étale que celui des premiers temps de cette mode. La vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs, comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme classique. Cette spiritualisation se lit dans l’importance, le soin et la matière des surfaces vitrées. La Déesse est visiblement exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une substance plus entomologique que minérale (l’insigne Citroën, l’insigne fléché, est devenu d’ailleurs insigne ailé, comme si l’on passait maintenant d’un ordre de la propulsion à un ordre du mouvement, d’un ordre du moteur à un ordre de l’organisme).
Il s’agit donc d’un art humanisé, et il se peut que la Déesse marque un changement dans la mythologie automobile. Jusqu’à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective, et malgré certaines complaisances néomaniaques (comme le volant vide), la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l’ustensilité que l’on retrouve dans nos arts ménagers contemporains: le tableau de bord ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne qu’à la centrale d’une usine: les minces volets de tôle mate, ondulée, les petits leviers à boule blanche, les voyants très simples, la discrétion même de la nickelerie, tout cela signifie une sorte de contrôle exercé sur le mouvement, conçu désormais comme confort plus que comme performance. On passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite.
Il semble que le public ait admirablement deviné la nouveauté des thèmes qu’on lui propose: d’abord sensible au néologisme (toute une campagne de presse le tenait en alerte depuis des années), il s’efforce très vite de réintégrer une conduite d’adaptation et d’ustensilité (« Faut s’y habituer »). Dans les halls d’exposition, la voiture témoin est visitée avec une application intense, amoureuse: c’est la grande phase tactile de la découverte, le moment où le merveilleux visuel va subir l’assaut raisonnant du toucher (car le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique): les tôles, les joints sont touchés, les rembourrages palpés, les sièges essayés, les portes caressées, les coussins pelotés; devant le volant, on mime la conduite avec tout le corps. L’objet est ici totalement prostitué, approprié: partie du ciel de Metropolis, la Déesse est en un quart d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise.”

 

Ces préliminaires posés, on comprendra quel fur notre frémissement en apprenant la nouvelle : Citroën se prépare à ressortir sa mythique DS, la voiture adoptée à la fois par de Gaulle et par Buckminster Fuller !

Et bien amis lecteurs, nous en fûmes pour nos frais : rien, vraiment, ne justifie la reprise de cette mythique appelation dans le lugubre concept-car qu’a dévoilé la marque : jugez plutôt, et si vous partagez notre déception, tournez-vous comme nous, puisqu’il est encore temps, sur le marché de l’occasion !

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Nicolas Joel a présenté le 23 mars la saison 2009-2010, sa toute première en tant que patron de l’Opéra de Paris

Le 1er août, il succèdera à Gérard Mortier qui aura dirigé l’institution durant 5 ans.

Nicolas Joel n’arrive pas seul: son entrée en fonction coincidera avec celle de Philippe Jordan, directeur musical à l’Opéra, qui n’avait plus de chef permanent depuis le départ en 2004 de l’Américain James Conlon -qui n’avait alors qu’un titre de « conseiller ».

Metteur en scène lyrique mondialement connu, Nicolas Joel, 56 ans, arrivera à Paris pour un premier mandat de 6 ans, à l’issue de quelque 18 saisons au Capitole de Toulouse. Durant 5 années, son prédécesseur flamand Gérard Mortier aura défendu des choix esthétiques parfois controversés, en mettant en avant la dimension théâtrale de l’art lyrique dans une capitale où, selon lui, « l’on doit lutter pour ouvrir les esprits ».

Aux côtés de Nicolas Joel, le Suisse Philippe Jordan, 34 ans (fils du défunt chef d’orchestre Amin Jordan), considéré comme un jeune chef très prometteur, sera deuxième dans l’ordre protocolaire de la maison -devant la directrice de la danse Brigitte Lefèvre- et aura la haute main sur l’Orchestre de l’Opéra et ses 174 musiciens.

Le clou de la saison prochaine, qui réjouira les amateurs de style que nous sommes : Jordan dirigera les deux premiers volets (« L’Or du Rhin » et « La Walkyrie ») de la Tétralogie du « Ring » de Richard Wagner, dans une mise en scène de l’Allemand Günter Krämer. L’Opéra de Paris n’a pas joué ce monument dans son intégralité depuis plus d’un demi-siècle (1957): une « surprenante anomalie » selon Nicolas Joel, qui a jugé « urgent » de la réparer. Voilà qui, pour une prise de direction, ne manque pas de panache!

Le monument lyrique wagnérien est associé de près à la carrière de Nicolas Joel. En effet, il a occupé le poste d’assistant-metteur en scène à Bayreuth pour le mythique « Ring du centenaire » régi par Patrice Chéreau (1976-1980). En 1979, Nicolas Joel a fait ses vrais débuts en montant la « Tétralogie » de Wagner pour les Opéras du Rhin et de Lyon.

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Beaubourg retrace le parcours de celui qui fut l’un des pères de l’abstraction. Dans un très bel accrochage mais sans clés d’interprétation

lus de 90 peintures, pour la plupart de grand format. Un accrochage vaste et baigné de lumière qui laisse respirer les toiles. Sur le strict plan esthétique, la rétrospective Kandinsky qui s’ouvre dès demain au Centre Pompidou est une fête pour l’œil.

 

En 1984, cet établissement avait déjà consacré au peintre une exposition centrée sur ses collections, riches des nombreux dons et legs de Nina Kandinsky. Cette fois, il s’est associé à la Städtische Galerie im Lenbachhaus de Munich et au Musée Guggenheim de New York, les deux autres grands détenteurs d’œuvres de Kandinsky, pour retracer tout le cheminement du peintre, à travers des œuvres majeures.

 

Né à Moscou en 1866 dans une famille fortunée, venu à l’art sur le tard, après avoir travaillé comme juriste et ethnologue, Vassily Kandinsky n’a cessé au long de sa vie de déménager à travers l’Europe. Parfois par choix, comme lorsqu’il séjourne en 1906 à Paris pour se frotter à l’avant-garde, avant de s’installer en 1908 en Bavière, à Murnau et Munich.

 

Plus souvent bousculé par les turpitudes de l’histoire : la guerre en 1914 qui le fait rentrer précipitamment à Moscou, puis la révolution russe de 1917 qui, en le spoliant de tous ses biens, le pousse à repartir en Allemagne, la montée du nazisme enfin qui le ramène à Paris où il va terminer ses jours, au lendemain de la Libération, en 1944.

 

Or cette vie d’errance d’un artiste apatride (il changea trois fois de nationalité, d’abord russe, puis allemand, puis français) entraîne, à chaque étape, une évolution de son style, comme si Kandinsky, avec une curiosité inlassable, s’attachait à constamment relancer son destin, à réactiver sa peinture, sans s’enfermer dans un système.

 

Inventeur de l’abstraction, il ne renonce pas pour autant aux figures symboliques qui hantaient ses premiers tableaux, mais les réduit à l’état de signes, discrets et allusifs. Enseignant au Bauhaus de 1922 à 1933, il trace ses lignes et ses cercles au compas et à la règle, sépare le « Jaune-Rouge-Bleu » avec une rigueur de géomètre, rêve de cosmos et de planètes…

 

Puis change brusquement d’inspiration avec son exil à Paris. Voilà qu’il revient à des formes biomorphes, et même microscopiques, un ballet de paramécies, parfois des semis de points colorés (Mouvement I) qui rappellent le folklore russe, avec un brin de nostalgie. Comment lier toutes ces périodes, cerner ce parcours chahuté ? C’est là que l’accrochage de Beaubourg pèche, ne livrant au visiteur que quelques dates et faits sans se risquer à interpréter la peinture, à décrypter les formes magnifiques qui chantent sur les cimaises.

 

La quête métaphysique de celui qui écrivit Du Spirituel dans l’art se trouve ainsi curieusement escamotée. Est-ce une vision parisienne ? On oublie trop souvent que Kandinsky est d’abord pétri de culture orientale, qu’il a grandi dans la foi orthodoxe, dans l’environnement des icônes. Il s’est intéressé aussi à la théosophie de Rudolf Steiner. Et aspire à un art qui élève l’âme, à l’opposé du matérialisme et du positivisme de l’Occident. Tout l’élan qui emporte sa peinture vient de là.

 

Ses grandes Compositions des années 1911 à 1913 – absentes de l’exposition de Beaubourg – abordent d’ailleurs des thèmes explicitement religieux comme l’Apocalypse (Composition IV), le Jugement dernier (V) ou le Déluge (VI). Il aurait ainsi été utile d’aider le public néophyte à retrouver dans nombre des toiles de l’artiste, y compris de la période abstraite, certains motifs récurrents comme le cavalier saint Georges triomphant du mal, la montagne au bleu céleste, ou la barque dans la tempête.

 

De même, on aurait aimé que l’exposition s’arrête (et non les seules notices succinctes du catalogue) sur l’étrange bordure blanche (couleur de l’absolu pour le peintre) qui gagne certaines peintures à partir de 1913, comme si l’image émergeait d’une nuée, d’une vision. C’est en fait dans ce désir constant de s’arracher aux contingences du monde terrestre, à l’étroitesse des apparences, pour accéder à une réalité supérieure, de l’ordre d’une révélation, que Kandinsky trouve sa voie abstraite. Dans cette libération des lignes et des couleurs qui opère une vraie conversion.