Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, vient de mettre en place le Conseil national de l’œnotourisme. La présidence en revient à Paul Dubrule, cofondateur du groupe Accor, qui annonce son ambition : «J’ai l’intention de mettre tout en réseau avec le vin, les paysages, le territoire, la culture, le sport et le tourisme. Je veux multiplier les initiatives du style vin et culture, vin et églises romanes, etc.»

Création d’un label Vin et Patrimoine

La création d’un label Vin et Patrimoine permettra d’identifier les circuits du vin couplés à la découverte du patrimoine en mobilisant toutes les ressources de l’agrotourisme. De nombreuses régions n’ont pas attendu ce label, et ont lancé, parfois depuis fort longtemps, leurs propres circuits. Ainsi, les vignerons de Saint-Mont, dans le Sud-Ouest, organisent cette fin de semaine un véritable parcours de découverte sur la route des vins du Saint-Mont, qui mélange culture et gourmandise : ils n’attendent pas moins de 10 000 visiteurs. Les mêmes donnent un sérieux coup de main depuis trente ans pour Jazz in Marciac, qui est un événement d’importance : «Sonny Rollins sera en ouverture le 31 juillet prochain», confie en avant-première Xavier Gomart, le directeur de la cave. Pour donner un chiffre, 200 000 festivaliers font chaque année le déplacement vers cette manifestation.

Le Conseil propose également un prix national de l’œnotourisme, pour donner une visibilité nationale à des projets exemplaires. Autre bonne idée, le 1er Salon international de l’œnotourisme prévu à Lyon du 15 au 17 mai 2009. Son organisateur, Benoît Escoffier, du site Internet Vinomédia, se réjouit du succès annoncé et précise : «Le tourisme viticole permet de rencontrer les consommateurs et de les fidéliser. C’est un marché d’avenir.»

L’énumération des initiatives locales est impressionnante. Quelques exemples. Le château Mourgues du Grès, dans le Gard, propose de parcourir son vignoble en VTT ; l’œnologue Bruno Delmas, de découvrir Pomerol à cheval ; il est possible de faire son baptême en ULM au-dessus du vignoble champenois, et la maison Pommery, à Reims, présente dans ses crayères une exposition contemporaine, « L’Art en Europe », qui attire de très nombreux visiteurs.

Vers une politique d’envergure ?

Mais le Conseil a-t-il les moyens de répondre à sa vocation nationale ? On peut s’inquiéter du fait qu’aucune initiative de grande envergure n’est envisagée à date, alors que tous les pays rivalisent d’imagination. L’Espagne vient de lancer un complexe œnotouristique dans la Rioja dessiné par le célèbre architecte Franck Gehry. L’Autriche possède le sien depuis plusieurs années à Langenlois, dessiné par Steven Holl, qui « attire les foules », selon Karl Steininger, son propriétaire. Et les autres pays ne sont pas en reste.

En France, rien de tel n’existe, à part la Winery, à l’entrée du Médoc. Pourtant, ces grands projets sont indispensables. François Mauss, le président du Grand Jury européen qui prépare activement le «Davos du vin» fin octobre, a été obligé de s’exiler à la Villa d’Este, en Italie, qui l’accueille généreusement. «Malgré toutes mes recherches, je n’ai trouvé aucun partenaire en France pour monter cet événement majeur.» Résultat, ce sera l’Italie qui en tirera le bénéfice, alors que la France avait toute légitimité à l’organiser.

Interrogés, quelques grands patrons expliquent, en tenant à rester anonymes, que non seulement ils seraient mal considérés s’ils sponsorisaient un tel événement, mais qu’ils risquent même de finir devant les tribunaux. La condamnation d’une publicité très anodine pour un champagne rosé continue de laisser des traces. Décidément, la loi Evin, qui a déjà coûté 300 000 emplois à la France et 10 milliards d’euros en moins par an d’exportation, continue de faire des dégâts.

Le vin en France louvoie entre l’accélérateur de l’œnotourisme et le frein de la loi hôpital, santé, patient, territoire. Le ministère de l’Agriculture, discret dans la défense d’un pan essentiel de l’économie, a choisi d’installer une structure qui se veut légère et réactive, mais dotée de moyens fort modestes.

Les enjeux de l’œnotourisme sont énormes. Robert Skalli, installé dans la Napa Valley dans son domaine de Saint-Supéry, explique : «Ouverts 7 jours sur 7, nous recevons tous les ans 200 000 visiteurs, ce qui nous permet de vendre tout notre vin à la propriété. Du coup, nous n’avons aucun autre frais commercial, et nos clients sont ravis.» Même son de cloche chez Anne Cointreau, au domaine Morgenhof, en Afrique du Sud : «Je reçois 125 000 clients par an et l’œnotourisme fait un tiers de mon chiffre d’affaires.»

Le vrai chantier du comité sera de transformer tous les petits ruisseaux des initiatives locales en grandes rivières, ce qui serait parfait pour l’emploi et l’entrée des devises. Il faudra appuyer sur l’accélérateur et non sur le frein.

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